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dimanche 7 janvier 2007

Le monde vu de Nairobi par des théologien(ne)s de la libération



Hakouna matata? Vous connaissez la formule du Roi lion, j'en suis sûr! Ou bien le mot safari? Oui, oui! C'est du swahili, la seconde langue officielle du Kenya où je serai dans quelques jours! Le décompte est lancé! Je décole samedi prochain, le 13 janvier 2007, pour Nairobi en compagnie de 5 collègues engagés dans la théologie contextuelle (pour en savoir plus sur les théo contextuelles, vous pouvez consulter le texte baptisé Quand des femmes, des pauvres et… des étudiants s’emparent de la théologie! Regard sur les théologies contextuelles):

- Angela Gabriella Aurucci (étudiante), Denise Couture (prof) et Jean-François Roussel (prof), sont tous membres du CETECQ (Centre d'éthique et de théologie contextuelles québécoises de l'Université de Montréal), un centre qui se veut un carrefour à l'UdM afin que des praticiens et des théologiens réfléchissent à leurs pratiques sociales comme lieu d'une théologie propre au Québec (pour en savoir plus: www.theo.umontreal.ca/cetecq.htm
- de leur côté, Normand Breault (de l'Association catholique contre la torture) et Jean Bellefeuille (responsable du dossier justice, paix et intégrité de la création à la Conférence religieuse canadienne) sont tous deux délégués du ROJeP (Réseau oecuménique justice et paix), un rassemblement de plus de 40 groupes montréalais engagés dans une transformation sociale au nom de leur foi chrétienne (pour en savoir plus sur ces groupes: www.justicepaix.org/


Nous partons donc du 13 au 30 janvier pour participer à Nairobi, la capitale du Kenya, au Forum mondial théologie et libération (un rassemblement international de plus de 200 praticiens et théologiens aux discours des plus colorés!) du mardi 16 au vendredi 19 janvier. Ensuite, du samedi le 20 jusqu'au jeudi 25 janvier, nous participerons au Forum social mondial un des plus imposant rassemblement altermondialiste de la planète qui rassemblera plus de 50 000 citoyens du monde sous le thème “Luttes du peuple, alternatives du peuple".

Je me ferai donc un plaisir sur place de vous faire un rapport quotidien, avec la collaboration d'Angela, de mes découvertes et des possibilités pour construire un autre monde possible à compter de lundi le 15 janvier prochain! Ne vous gênez pas pour me faire vos commentaires également! Enfin, vous pourrez aussi consulter les photos prises sur place dans mon "blogue photos" au http://www.flickr.com/photos/idealiste-convaincu/. À suivre!

samedi 1 juillet 2006

Récit d’un voyage de dialogue inter-visionnel à Jérusalem : le choc du dialogue authentique




Ce texte a originellement été publié dans le rapport annuel 2005-2006 de la Chaire religion, culture et société de la Faculté de théologie et de science des religions de l'Université de Montréal.



On parle beaucoup de dialogue dans notre monde : dialogues intergénérationnel, culturel et religieux. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si on entend tout autant parler de choc que de dialogue de nos jours : c’est que le choc est inhérent au dialogue authentique, ou plutôt qu’il en est une étape préalable que l’on a tendance à oublier! Enfin, c’est une des leçons que je retire du voyage de dialogue «inter-vision du monde» à Jérusalem auquel j’ai participé du 4 au 17 juin dernier avec 35 autres participants du Québec. Sous l’initiative du professeur Patrice Brodeur et de toute une équipe, ce voyage avait pour but de vivre une expérience de dialogue « en direct » via la rencontre d’artisans de paix, autant Israéliens que Palestiniens, principalement autour de Jérusalem. De plus, afin de vivre entièrement les défis et la complexité d’un tel dialogue, le groupe était formé de chrétiens, de juifs et de musulmans, tout comme de gens s’identifiant à d’autres religions ou ne se définissant pas comme croyants au sens strict.

C’est donc dire que notre « tentative de dialogue » se déroulait simultanément à trois niveaux : entre les membres du groupe, entre le groupe et les différentes organisations qui nous accueillaient, et enfin entre ce que les organismes israéliens et palestiniens rencontrés tentent de bâtir avec leurs semblables. Au cœur de ces trois dialogues, de nombreuses problématiques très peu « politiquement correctes » ont surgi : des questions comme celles de la colonisation, du racisme, de la victimisation, de la violence, du droit à la liberté et à la sécurité, etc. Ces questions, plutôt que d’être esquivées, ont justement été discutées de vive voix, à 36 voix, dans le groupe… parfois dans la confrontation, parfois dans l’harmonie, provoquant des prises de conscience souvent souffrantes, mais combien essentielles.

En somme, ce voyage a radicalement transformé ma vision du dialogue et m’a ouvert de la complexité de tout conflit, surtout lorsque l’Occident y est impliqué. Moins idyllique, le dialogue auquel je crois aujourd’hui nécessite le choc, la rencontre déroutante de l’autre qui amène à la compréhension mutuelle. Un dialogue qui ne serait que ouate, il me semble, n’est qu’un monologue à plusieurs voies où tous répètent le même discours ou évitent les enjeux les plus périlleux. Notre groupe est souvent tombé dans cet écueil. D’autre part, le choc de la rencontre avec des Palestiniens et l’écoute des membres algériens de notre groupe m’a fait prendre conscience de mon identité occidentale, dans ses grandeurs et ses méandres, particulièrement la prétention impérialiste qui nous caractérise. Que ce soit en construisant des murs de sécurité (en Israël comme aux États-Unis), à travers les discours universitaires paternalistes et évolutionnistes ou encore via notre rhétorique économique du développement, l’Occident est demeuré colonisateur. Cet impérialisme se joue à l’intérieur même de la société israélienne où les juifs séfarades (provenant du Moyen-Orient) sont marginalisés par la majorité ashkénaze (provenant d’Europe). Évidemment, l’Occident n’a pas tous les blâmes – et particulièrement en Israël – mais vu le pouvoir imparti entre nos mains, je suis convaincu qu’entreprendre tout dialogue avec des non-Occidentaux implique d’avance une autocritique militante. Quant à mes interlocuteurs, ils nourrissent sans doute de similaires autocritiques. Pour paraphraser le rabbin étasunien Irving Greenberg, militant pour la paix à Jérusalem : l’important n’est pas la tradition à laquelle j’appartiens, mais d’être embarrassé par elle, par le mal qu’elle commet aux autres [i]. C’est là la base du dialogue authentique.

[i] Irving Greenberg, « Religion as a Force for Reconciliation and Peace : A Jewish Analysis » dans Beyond Violence : Religious Sources of Social Transformation in Judaism, Christianity, and Islam, sous la dir. de James L. Heft, New York : Fordham University Press , 2004, p. 111.